Témoignage : Servir la vérité dans l’Esprit Saint !

Neuvaine à l’Esprit-Saint, Cathédrale de Namur, samedi 16 mai 2015
Servir la Vérité dans les domaines de la recherche et de l’enseignement universitaires
M. Dominique Lambert, op

Que veux dire servir la Vérité dans les domaines de la recherche et de l’enseignement universitaires aujourd’hui, domaines dans lesquels je suis engagé comme physicien et philosophe des sciences ? Je voudrais pour répondre à cette question vous proposer trois petites pistes de réflexion.

1. Partons tout d’abord des chercheurs qui tentent, jour après jour, de découvrir et de décrypter les contours et le sens des réalités infiniment riches qui forment le monde : le monde de la pensée et des concepts mathématiques, l’univers physique, allant du microcosme (où surgit le boson de notre Prix Nobel belge François Englert) au cosmos tout entier (avec ses 100 milliards de galaxies, pour ce qui est de l’univers observable), ou encore la biosphère avec ces formes extraordinaires du vivant. Des parcelles de vérité se donnent à ces chercheurs, dès lors qu’ils parviennent à rejoindre et à dévoiler ces merveilleuses strates du réel qui structurent la Création et qui révèlent, sur le mode d’indices et de traces, quelque chose de l’Esprit du créateur.

Etre au service de la Vérité c’est pour moi partager aux autres, et en particulier à mes étudiants, ces merveilles du créé, patiemment dégagées, en témoignant dans la foi, lorsque l’occasion se présente, ou lorsqu’on me le demande, comment je peut rapporter ces beautés de la nature et de la pensée à Dieu qui nous les a données, sans mutiler la science mais aussi sans ruiner la transcendance du Créateur. Pour moi, l’Esprit Saint peut animer une vie scientifique et, sans rien changer à la science, peut donner à celle-ci de devenir une occasion originale de contempler et de rendre grâce. Comme le disait Georges Lemaître, ce prêtre ami d’Einstein et père du Big Bang 1 :

Un chrétien ne se comporte pas différemment d’un incroyant lorsqu’il s’agit de marcher, de courir ou de nager. Mais le chercheur chrétien sait que sa foi surnaturalise ses plus hautes comme ses plus infimes activités! Il reste enfant de Dieu lorsqu’il met l’œil à son microscope et, dans sa prière du matin, c’est toute son activité qu’il place sous la protection de son Père des Cieux.

2. Servir la vérité dans l’Esprit Saint, comporte aussi une dimension éthique : celle-ci conduit à refuser, dans son travail ce qui pourrait aller contre la dignité de la personne humaine. Pour moi, il s’agit ici, par de choix très concrets, portant sur les orientations ou les financements des recherches, de refuser des projets qui, à terme, pourraient détruire l’environnement et l’être humain ou les traiter comme de simples objets manipulables à souhait. Servir la vérité c’est croire profondément qu’il existe des moyens de pousser très loin la recherche, sans porter atteinte à la personne et à l’humanité, dans ce qu’elle peut avoir de plus fragile et de plus vulnérable.

Servir la vérité c’est aussi respecter une éthique de la recherche, qui conduit le chercheur, dans son travail patient, travail de construction de preuves, d’observations minutieuses ou d’expérimentations, à s’effacer humblement et par honnêteté, devant une réalité qui le dépasse ou devant la force des arguments de ses collègues qui souvent secouent ou ruinent ses propres idées. Quand elle est vécue comme cela, dans l’Esprit oserai-je dire, la science devient un véritable lieu d’apprentissage au respect de l’autre et une école de paix. Une des devises du CERN, le célèbre accélérateur de particule à Genève, où se côtoient des milliers de chercheurs de convictions et de nationalités très diverses : cette devise est « la science pour la paix » !

Un dernier aspect moral du service de la vérité, c’est aussi la place que l’on donne, au sein de l’université catholique, dans un monde de compétition et de recherche d’excellence à tout prix, aux collègues des pays ou des institutions qui ne disposent pas de tous les moyens dont nous disposons.

3. Servir la vérité dans l’Esprit Saint, c’est enfin rendre raison de sa foi et de l’identité catholique de son école ou de son université. Dans de telles institutions, on ne fait pas une autre science ou on n’enseigne pas des matières différentes, mais on le fait avec la conviction profonde que foi et raison ne s’opposent pas, que la foi ne détruit pas, ne mutile pas ce que la raison trouve, mais bien au contraire que la foi vient donner à la science un surplus de sens, ce sens auquel on aspire, mais qui reste toujours, comme en retrait, si l’on s’arrête aux méthodes et contenus techniques.

Servir la vérité dans une université catholique, c’est, pour moi, avec la grâce de l’Esprit-Saint, pouvoir communiquer aux étudiants et aux collègues, qui souvent ne partagent pas ma foi, mais avec qui je partage mon enthousiasme pour la science, quelque chose de la pertinence déjà profondément humaine de l’enseignement du Christ et de son Eglise et quelque chose du sens profond de la personne humaine et du monde que l’Esprit révèle en nos coeurs et qui y fait naître une profonde espérance et un bonheur profond.

Notes:

  1. G. Lemaître, « La culture catholique et les sciences positives », Actes du VIème Congrès catholique de Malines, vol. 5, Culture intellectuelle et sens chrétien, Bruxelles, VIème Congrès catholique de Malines, 1936, p. 70.
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