La présence du Christ dans l’eucharistie

Eucharistie - Kelch und Hostienschale, galerie Flickr de Michael Haderer

Au sein d’un groupe de réflexion et de partage, – une fraternité dominicaine de Bruxelles, – nos avions décidé de rencontrer la question : Que signifie pour moi la présence réelle du Christ dans l’eucharistie ?

Afin de m’exprimer personnellement, je prends appui sur le théologien Edward Schillebeeckx, avec qui j’ai travaillé à Nimègue, et que j’apprécie beaucoup. Son petit livre La présence du Christ dans l’eucharistie a été et reste très éclairant pour moi. Ce petit livre, dense et un peu difficile, date de 1967 (1970 pour l’édition française 1), mais n’a rien perdu de son actualité pour le fond.

En m’exprimant personnellement, je ne prétends pas avoir la vérité et je ne veux pas l’imposer : j’essaie, comme théologien et comme croyant, de dire ma foi réfléchie nourrie par l’expérience et l’étude.

Avant d’aborder l’approche de Schillebeeckx, trois données historiques préalables concernant le langage utilisé à propos de l’eucharistie et de la présence du Christ dans l’eucharistie.

Pendant le premier millénaire de la pensée chrétienne, le sens de la distinction entre les expressions ‘corps mystique du Christ’ et ‘corps réel du Christ’ était à l’exact inverse du sens qui s’est généralisé au cours du second millénaire. Le corps réel du Christ était l’Église ; le corps mystique du Christ était l’eucharistie. C’est à partir du 13e s. que le sens s’inverse : on parle du corps réel du Christ dans l’eucharistie et du corps mystique du Christ pour désigner l’Église. Quoi qu’il en soit de l’usage des expressions, cela nous rappelle que la présence du Christ dans l’Église, et donc dans la communauté qui célèbre, est première par rapport à la présence eucharistique.

Pour exprimer la présence du Christ dans l’eucharistie, la théologie catholique utilise depuis le Moyen-Âge le mot transsubstantiation. La première utilisation connue du mot ‘transsubstantiatio’ est le fait de Roland Badinelli entre 1140 et 1150. Devenu pape sous le nom d’Alexandre III en 1159.

Il semble que le premier à avoir utilisé l’expression ‘présence réelle’ pour parler de l’eucharistie a été Jacques Pantaléon, prêtre à Liège dans les années 1250, proche de Julienne du Mont-Cornillon, par laquelle a été instituée à Liège la Fête-Dieu (fête du Saint-Sacrement). Il devient pape sous le nom d’Urbain IV en 1261 et institue la Fête-Dieu pour l’Église universelle en 1264.

Autrement dit, on n’a pas toujours parlé de l’eucharistie de la même manière ni en termes de présence réelle : il y a un tournant à ce sujet entre les 12e et 13e siècles. Mais nous recevons cette expression de la tradition : elle est importante. Comment la comprendre ?

Schillebeeckx s’interroge : comment penser et dire aujourd’hui la présence du Christ dans l’eucharistie ? Je ne propose pas ici un résumé du livre mais 1° j’essaie de synthétiser de façon assez libre l’essentiel de sa pensée, et 2° de dire à partir de là comment personnellement je pense théologiquement cette présence.

Frère Ignace Berten OP

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Notes:

  1. Paris, éditions du Cerf. Ce livre n’est plus au catalogue de l’éditeur.
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