Indicible alchimie

Abbaye Notre-Dame de l'Atlas vue des champs

« Echos de mes séjours au monastère Notre Dame de l’Atlas, une alchimie indicible ! » par Dominique Olivier op.

Lors de mon dernier voyage vers Midelt, en route pour mon troisième séjour au monastère Notre Dame de l’Atlas, j’étais seule dans l’avion et une question m’habitait : pourquoi donc aller si loin pour une semaine de ressourcement ? Oui, j’avais besoin de calme et de repos vu mes lourdes responsabilités professionnelles. Oui, j’avais envie de donner du temps à la prière et au Seigneur pour alimenter ma vie spirituelle et soutenir mes engagements chrétiens mais je laissais en Belgique un mari un peu inquiet, ainsi que mes enfants et mes petits enfants. Ne pouvais-je pas trouver la même chose dans un monastère près de chez moi ? Une fois arrivée sur place, la réponse à cette question fut évidente : il y a à Midelt une alchimie particulière qui donne au séjour au monastère une qualité humaine et spirituelle qui me touche en profondeur.

Le premier élément de cette alchimie est la présence discrète et humble des moines au cœur de l’Atlas, en terre musulmane. Cette présence, si petite soit-elle, est le symbole du possible vivre ensemble entre des communautés de culture et de foi différentes dans le plus grand respect de chacun. Lorsque l’on prie à la chapelle et que l’on entend l’appel à la prière musulmane dans le lointain, on touche du doigt cette réalité de la présence complémentaire des uns et des autres qui prolonge le message de vie des frères martyrs de Tibbirine. A notre époque secouée par tant de violences commises sous couvert de religions et de croyances diverses, ce témoignage me paraît d’une importance capitale pour l’avenir de notre terre et pour l’accomplissement de ma foi personnelle : comment être chrétien sans respecter la foi de l’autre, mon frère en humanité ?

Le deuxième élément de l’alchimie est constitué du climat d’accueil fraternel vécu au monastère grâce aux moines et à leurs ‘aidants’ musulmans. Ensemble, ils construisent là, au quotidien, dans ce lieu apparemment clos mais ouvert sur le monde, un petit bout d’humanité où chacun a sa place. Au salon de thé, pas de longs discours mais au fil des conversations somme toute anodines, vous pouvez voir l’attention bienveillante à l’autre, l’affection paternel des aînés pour les plus jeunes, l’accueil des nouveaux arrivés. Au détour des échanges, vous pouvez récolter des paroles qui sont autant de perles rares, de trésors cachés qui viendront grossir vos bagages intérieurs à votre retour. Ce témoignage de convivialité joyeuse est réellement porté par la communauté des moines qui rayonne de cette conviction d’être là où le seigneur les veut chacun avec leur singularité personnelle.

Mais le troisième élément de l’alchimie du séjour échappe à ma raison. C’est le Seigneur qui m’y convoque, comme il m’a convoqué pendant dix ans dans le désert du Sinaï. Il sait ce qui est bon pour moi. A chaque séjour, j’ai eu l’impression d’être dans la main de Dieu. Il m’a conduit là où je pouvais me reposer, faire les rencontres qui m’aident, reprendre du souffle, son souffle de vie et restaurer ma paix intérieure. Il faut arriver à Midelt avec le cœur ouvert, l’âme en bandoulière et une seule consigne, un seul abandon en se plaçant sous l’intercession de Notre Dame de l’Atlas : se laisser instruire par Dieu, se laisser transformer par la rencontre avec l’autre et laisser notre ressemblance avec Dieu faire son chemin en nous.

Source : « Tibhirine l’héritage », préface du pape François, Edition Bayard, 2016 : extrait de l’article de Jean-Pierre Schumacher o.c.s.o. « Cet héritage qui nous dépasse », page 44.

[PhotoCC]
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