Igor STRAVINSKY (1882 – 1971) : Symphonie de Psaumes (1930)

Igor Stravinsky

C’est après avoir composé Oedipus Rex (1927), Apollon Musagète (1928) et le Capriccio pour piano et orchestre (1929) que Igor Stravinsky composa la Symphonie de Psaumes.  Il désirait rendre gloire à Dieu pour une grâce obtenue lors de sa dernière tournée de concerts.  Terminée le 15 aoüt 1930 à Nice, où il habitait alors, la dédicace de la partition est : “Cette symphonie composée à la gloire de Dieu est dédiée au Boston Symphony Orchestra”.  C’est en effet pour fêter les 50 ans de l’orchestre que Serge Koussevitski, alors chef du célèbre orchestre, commanda une oeuvre à Stravinski, un compositeur dont la gloire était mondiale.  Il commanda d’ailleurs aussi d’autres œuvres à d’autres compositeurs.  La première mondiale eut lieu le 13 décembre à Bruxelles (au Palais des Beaux-Arts de Horta, alors tout nouveau) sous la direction d’Ernest Ansermet.  La Symphonie de Psaumes (et non pas des) comprend trois mouvements.  Les Psaumes (en latin) choisis sont : le 38 pour le premier mouvement (2 versets), le 39 (3 versets) pour le deuxième, et le 150 au complet pour le troisième.  Le texte est celui de la Vulgate.  La Lobgesang Symphony de Mendelssohn en est un antécédent, elle qui répondait à la symphonie avec choeurs de Beethoven, la fameuse neuvième.

Le premier mouvement est très court (les proportions des trois mouvements sont : un tiers, deux tiers, trois tiers). Le chant est une psalmodie sur deux notes (Mi et Fa, donc très rapprochées). Comme pour toute la musique de Stravinsky, la mise en place rythmique est absolument impeccable, et c’est donc rythmiquement qu’il faut l’écouter. Les petites sections se succèdent comme autant de diapositives sur un carrousel. Les deux pianos y sont prédominants. “Entends ma prière, Seigneur écoute mon cri”.

Le deuxième mouvement débute par une fugue entre les hautbois et les flûtes, après quoi les chœurs entrent en une autre fugue : “D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur. Il s’est penché vers moi pour entendre mon cri”. Adversaire du sentimentalisme, la musique de Stravinsky est très austère, mais sa grandeur spirituelle en sort renforcée. Rappelons qu’à cette époque, Stravinsky venait de retrouver la foi orthodoxe de son enfance. Plus tard, il se convertira au catholicisme. L’austérité de son instrumentation se marque surtout par une utilisation presqu’exclusive des vents. D’ailleurs, les cordes ne sont présentes que par les violoncelles et les contrebasses. Pas de violons donc, ni d’altos.

Ce sont les vents qui ouvrent le troisième mouvement, avec le célèbre psaume 150 : “Louez Dieu en son temple saint”. Ensuite, la musique s’anime et plusieurs sections se succèdent, ponctuées par des arrêts sur “Alleluia”. La fin de la symphonie est absolument saisissante. Une des plus belles fins que je connaisse. La musique débouche en effet sur quatre notes répétées à l’infini, comme si on était projeté dans l’éternité. Musique statique exprimant l’extase, hors du temps. Une petite coda rappelle plusieurs passages antérieurs. C’est grandiose ! Quelle musique ! Cette symphonie est un des nombreux chefs-d’oeuvres de Stravinsky, sans doute le plus grand compositeur du 20è siècle. Elle est aussi un des chefs-d’œuvres de toute la musique sacrée. Ecoutez-la par Boulez (DG), par Herreweghe (Pentatone), par Neeme Järvi (Chandos) ou par Berstein (Sony, un peu lent mais avec beaucoup de ferveur).

Igor Stravinsky, Symphonie de Psaumes, Psaume 38 (versets 13 & 14), par The English Bach Festival Chorus & The London Symphony Orchestra sous la direction de Léonard Bernstein 1965/77 chez CBS Record.

Dominique Lawalrée, o.p.

Posté dans Troisième Oreille
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