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Les laïcs dominicains et la prédication

Lettre du fr Bruno Cadoré, Maître de l’Ordre

Frère Bruno Cadoré OP, Maître de l'OrdreC’est à l’occasion du jubilé de l’Ordre que le fr Bruno Cadoré adresse cette lettre à toute la famille dominicaine et plus particulièrement aux laïcs dominicains, et parmi ceux-ci plus particulièrement encore aux Fraternités dominicaines.

Dominicains, – frères, sœurs et laïcs, – nous sommes envoyés pour prêcher l’Évangile. Le pape François a fortement mis en valeur cet appel à l’évangélisation dans son Exhortation apostolique Evangelii gaudium. « Aujourd’hui, plus que jamais peut-être, le thème des laïcs dominicains doit nous aider à découvrir davantage que nous tous, membres de la famille dominicaine, sommes envoyés ensemble pour servir la conversation de Dieu avec le monde en annonçant l’Évangile de la paix. »

C’est Paul VI qui a introduit ce mot conversation au cours du Concile. Il définit bien ce que doit être l’esprit de la prédication dominicaine et plus clairement encore ce qui doit animer la participation des laïcs à cette mission.

On peut voir une analogie entre le contexte ecclésial et sociétal où est né l’Ordre et la réalité présente. Comme l’Église a été bousculée dans sa manière d’être par la société féodale, l’Église d’aujourd’hui est bousculée à la fois par la modernité sécularisante et par la diversité culturelle et religieuse de notre société. L’Église est confrontée comme au 13e s. à l’émergence de nouveaux savoirs et de nouvelles manières d’y accéder.

« La notion de “famille dominicaine” n’est pas seulement une manière de dire les convergences entre plusieurs groupes ayant un même propos. Elle exprime aussi un mode d’évangélisation et, de ce point de vue, les laïcs dominicains sont un rappel de cette exigence enracinée dans l’Évangile. »

L’Ordre des Prêcheurs n’a pas le monopole de la prédication, mais il est appelé à l’exercer sous le mode propre de la fraternité et de la communion.

Qu’implique la prédication comme conversation ? En ce qui concerne les laïcs dominicains, cette conversation présente une double dimension. Les laïcs sont porteurs d’une expérience humaine et chrétienne propre du fait de leur enracinement dans la vie familiale, professionnelle et sociale. Cette expérience très diversifiée doit nourrir la prédication de la famille dominicaine, et cela d’autant plus que « dans beaucoup de lieux du monde contemporain, la situation habituelle d’un laïc le confronte à l’indifférence, au scepticisme et à l’incroyance [et j’ajouterais à l’esprit antireligieux si présent dans certains milieux en Belgique – IB], d’une manière bien différente des religieux, et cela doit venir enrichir la prédication de l’ensemble de l’Ordre ».

Cette complémentarité est indispensable à la fécondité de la mission de l’Ordre, mais elle est trop peu mise en valeur. « Il est important de souligner que l’une des tâches de la famille dominicaine est de s’organiser de sorte que ces multiples expériences – et pas seulement les actions concrètes d’évangélisation – entrent en conversation et s’enseignent mutuellement. » En ce sens, nos journées d’études, comme la dernière consacrée à « l’amour dans tous ses états », sont une heureuse réalisation de cette complémentarité.

La réalité de la famille dominicaine devrait nous aider à dépasser une relation hiérarchisante entre prêtres et laïcs, consacrés ou non, hommes et femmes, vieux et jeunes.

« Insister sur l’engagement des laïcs dominicains dans la prédication signifie, dans la tradition de l’Ordre, insister sur l’exigence de l’étude. » Les laïcs doivent se donner les moyens de réfléchir sérieusement leur propre engagement chrétien en étant affrontés, dans leur propre vie et dans leur milieu, à la grande diversité des réalités humaines personnelles, familiale et sociales : « C’est dans l’expérience concrète que se posent les questions de vie de couple, d’éducation des enfants, de responsabilité professionnelle, de précarité de l’emploi, de niveau de vie économique, d’engagement politique et social. » Sur tous ces terrains la contribution des laïcs est sans pareille.

C’est bien en tant que laïcs que les laïcs dominicains peuvent apporter la meilleure contribution à la mission de l’Ordre, « en se distinguant délibérément de toute “contamination par la vie religieuse”, et en évitant des formalismes qui aboutiraient à la sclérose ». Et en étant aussi ouverts à « l’émergence d’autres formes de laïcat dans la famille », en particulier en lien avec les jeunes.

C’est tout un esprit et un programme que le fr. Bruno offre ainsi à nos fraternités.

Fr. Ignace Berten, op


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Où va la famille ?

Family Portrait, Galerie Flickr de Nomadic LassLa décision la plus importante du pape François, jusqu’à présent, est sans doute la convocation d’un synode sur la famille. Par rapport aux synodes précédents, qui ont fait suite à Vatican II, François a introduit deux nouveautés très significatives. Tous les synodes ont été préparés par un document de consultation des épiscopats. Mais François a explicitement demandé aux évêques d’organiser une consultation des fidèles sur la base d’un document qui leur a été envoyé. Il a par ailleurs décidé que ce synode aurait lieu en deux temps : en octobre 2014, une première session destinée à faire le point sur la situation et, en octobre 2015, une seconde session proposera des orientations pastorales.

Pour rencontrer la question « Où va la famille ? », et je précise : en Europe, je développerai ici une approche en trois temps. D’abord, la situation de la famille en Europe. Ensuite, ce qui se révèle de la consultation sur la famille, enfin quelques réflexions fondamentales.

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[Rencension] Dictionnaire encyclopédique d’éthique chrétienne

Sous la direction de Laurent LEMOINE, Eric GAZIAUX et Denis MÜLLER

Paris, Éditions du Cerf, 2013, 2169 p.

Dictionnaire Encyclopédique d'Éthique ChrétienneCe dictionnaire encyclopédique est un instrument de formation et de travail particulièrement précieux à l’heure présente dans notre société de plus en plus plurielle, en particulier dans le champ éthique et religieux. Théologiens et philosophes, étudiants et chercheurs, hommes et femmes de culture y trouveront largement de quoi alimenter leur réflexion.

Ce dictionnaire œcuménique fait appel à 132 auteurs différents, principalement catholiques et protestants, de différentes compétences (théologiens, philosophes, historiens, sociologiques, etc.), et comporte 231 notices. Les pages de grand format (17 x 22,5 cm) sont présentées sur deux colonnes. Au début du volume, une table situe chacun des auteurs : fonction et rubrique(s) du dictionnaire. À la fin du volume, une table très développée reprend de nombreux thèmes qui ne sont pas traités par une rubrique spécifique, mais pour lesquels il y a un renvoi aux diverses rubriques où le thème est traité, tandis que dans le corps du texte, à la fin de chaque article, il y a renvoi à une série d’autres articles plus ou moins connexes.

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Les intégristes ne sont pas seulement ceux auxquels on pense

Fr. Ignace Berten

Fr. Ignace Berten

Quand on dit « intégristes », on pense spontanément aux musulmans radicaux, aux islamistes (wahhabites, salafistes…), et en catholicisme aux disciples de Mgr Lefebvre ou aux groupes qui sont proches de cet esprit tout en n’ayant pas rompu avec l’Église. Mais on peut aussi parler d’un intégrisme laïque.

La laïcité, comme théorie et pratique politique, est une heureuse chose. Elle consiste en la mise en œuvre d’une séparation des pouvoirs entre État et religion, à un respect de l’autonomie des deux sphères, celle de la responsabilité politique et celle des convictions religieuses. Cette laïcité ne signifie pas et n’implique pas le renvoi de la religion au domaine exclusivement privé. Tant la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (art. 18) que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (art. 10) reconnaissent le droit à l’expression publique de la religion.

Lors des débats qui ont préparé le projet avorté de Constitution pour l’Europe, puis ceux qui ont précédé le traité de Lisbonne, il a été question, entre autres, d’inclure ou non le principe d’un dialogue ouvert et transparent avec les Églises, les religions et les organisations philosophiques et non confessionnelles, tout comme est prévu un tel dialogue avec les organisations de la société civile. Nombre d’associations laïques (en particulier la Fédération humaniste européenne, qui représente officieusement les diverses tendances de la franc-maçonnerie) ont milité pour que cet article n’apparaisse pas. Un compromis a été trouvé, capable de recueillir une majorité : un article est consacré au dialogue avec les organisations de la société civile dans le Traité sur l’Union européenne, le traité qui définit les grand principes politiques de l’Union (art. 11), tandis que l’article assurant le dialogue avec les institutions de conviction prend place dans le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (art. 12). Dans le projet de constitution, ces deux articles étaient rassemblés dans une section portant sur la démocratie participative, cette section en tant que telle et l’expression même de démocratie participative ont malheureusement disparu dans le traité de Lisbonne. On peut être d’accord ou non sur la façon dont l’Église catholique s’exprime au niveau officiel sur un certain nombre de questions, entre autres dans le domaine éthique, mais lui refuser un droit de parole publique sur les questions d’ordre politique est une discrimination par rapport à tout autre instance de la société civile et un manque de démocratie.

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