Archives mensuelles : novembre 2012

Les intégristes ne sont pas seulement ceux auxquels on pense

Fr. Ignace Berten

Fr. Ignace Berten

Quand on dit « intégristes », on pense spontanément aux musulmans radicaux, aux islamistes (wahhabites, salafistes…), et en catholicisme aux disciples de Mgr Lefebvre ou aux groupes qui sont proches de cet esprit tout en n’ayant pas rompu avec l’Église. Mais on peut aussi parler d’un intégrisme laïque.

La laïcité, comme théorie et pratique politique, est une heureuse chose. Elle consiste en la mise en œuvre d’une séparation des pouvoirs entre État et religion, à un respect de l’autonomie des deux sphères, celle de la responsabilité politique et celle des convictions religieuses. Cette laïcité ne signifie pas et n’implique pas le renvoi de la religion au domaine exclusivement privé. Tant la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (art. 18) que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (art. 10) reconnaissent le droit à l’expression publique de la religion.

Lors des débats qui ont préparé le projet avorté de Constitution pour l’Europe, puis ceux qui ont précédé le traité de Lisbonne, il a été question, entre autres, d’inclure ou non le principe d’un dialogue ouvert et transparent avec les Églises, les religions et les organisations philosophiques et non confessionnelles, tout comme est prévu un tel dialogue avec les organisations de la société civile. Nombre d’associations laïques (en particulier la Fédération humaniste européenne, qui représente officieusement les diverses tendances de la franc-maçonnerie) ont milité pour que cet article n’apparaisse pas. Un compromis a été trouvé, capable de recueillir une majorité : un article est consacré au dialogue avec les organisations de la société civile dans le Traité sur l’Union européenne, le traité qui définit les grand principes politiques de l’Union (art. 11), tandis que l’article assurant le dialogue avec les institutions de conviction prend place dans le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (art. 12). Dans le projet de constitution, ces deux articles étaient rassemblés dans une section portant sur la démocratie participative, cette section en tant que telle et l’expression même de démocratie participative ont malheureusement disparu dans le traité de Lisbonne. On peut être d’accord ou non sur la façon dont l’Église catholique s’exprime au niveau officiel sur un certain nombre de questions, entre autres dans le domaine éthique, mais lui refuser un droit de parole publique sur les questions d’ordre politique est une discrimination par rapport à tout autre instance de la société civile et un manque de démocratie.

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