Archives mensuelles : janvier 2016

Nous te rendons grâce, Seigneur !

Pour son engagement, Maria Lissowska (de la fraternité Fra Angelico à Bruxelles) a souhaité rédiger elle-même la préface de la prière eucharistique. Elle participe à un groupe où cela se fait régulièrement. À l’occasion, s’exercer à rédiger l’une ou l’autre prière liturgique et la proposer lors de célébrations a du sens pour les membres des fraternités. Et il est possible, pour cela, de se faire aider ou de se faire relire.

Fr. Ignace Berten, OP
Assistant provincial


Nous te rendons grâce, Seigneur,
Pour nous avoir donné une place dans Ta création
Qui est inachevée, si loin du Royaume
Torturée par les guerres,
Par la haine
Ou par le simple égoïsme.
Donne nous de bien remplir notre vocation de chrétiens
Sagement, en distinguant ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas.
Mais sans trop d’hésitations si le chemin semble clair
Conforme au message que Jésus nous a laissé.
Nous Te rendons grâce, Seigneur
Pour ne pas nous avoir laissés seuls dans ce devoir
Pour nous avoir donné nos amis, nos fraternités
Nos compagnons de route
Tous les gens de bonne volonté.
Donne-nous aussi de sentir Ton aide
Percevoir ta lumière sur notre chemin
Et de jouir du repos après la tâche bien faite.
Nous te rendons grâce
Pour nous avoir donné Ton Esprit
Qui n’a des mains et des lèvres que les nôtres
A qui nous comptons pour nous guider.
Nous l’appelons maintenant en chantant.

(Saint, Saint, Saint…)

Béni sois-tu Père pour Jésus ton Fils,
pour le don de l’Évangile,
pour sa vie entièrement donnée
dans l’accueil des pauvres et des pécheurs,
de tous les souffrants de la société et de la religion.
Que Ton Esprit descende sur nous
pour nous éclairer et qu’il nous fasse déchiffrer
les gestes et les paroles que nous a laissé Ton Fils
Pour faire nôtre son corps, sa vie si difficile à imiter.
Nous nous souvenons de son dernier soir avec ses disciples,
et nous faisons nôtre son geste
quand il prit le pain…

Nous te bénissons Père,
parce que Jésus, ton Fils, est vivant auprès de toi et parmi nous.
Permets-nous de faire la nôtre
sa vie livrée pour nous,
et apprends-nous comment partager sa vie et son amour.

Nous te prions aussi
pour l’unité de ceux qui reçoivent Ton message
et de tous ceux qui le partagent
sans jamais en prendre connaissance.

Prions pour l’Église
pour le Pape François et nos évêques
et pour tous ceux qui font son corps
religieux et laics.
Qu’ils Te soient fidèles.

Nous te prions pour les membres de nos familles
les amis et les proches qui nous ont quitté,
et tous ceux qui meurent maintenant :
reçois-lez dans la plénitude de ta vie.
Nous espérons les revoir auprès de toi
dans la vie que nous attendons pour nous aussi.

Nous prions pour nous même
pour la Communauté de Bethel et pour les fraternités dominicaines.
Donne-nous une vie bien remplie
par des œuvres qui participent à ta création.
Et, quand cette vie se terminera,
Donne-nous de te rencontrer
Sans crainte et dans la joie,
face à face,
avec Marie, les Apôtres,
Dominique et Catherine de Sienne,
tous les saints et saintes,
tous ceux qui ont cheminé dans notre humanité,
par Jésus ton fils,
Par lui…

Maria Lissowska, OP
Fraternité Fra Angelico, Bruxelles




La miséricorde en musique : 1. Stabat Mater

Christ sur la Croix

Christ sur la Croix, atelier de Rogier van der Weyden, anciennement attribué à Robert Campin, vers 1425, Staatliche Museen zu Berlin.

Les compositeurs ont, comme les plasticiens, certains thèmes religieux de prédilection. Il y a autant de Stabat Mater, de Salve Regina ou de Magnificat chantés, qu’il n’y a de Descente de Croix, de Pieta ou d’Adoration des Rois Mages peints ou sculptés. En cette année sainte, attardons-nous un peu sur ces deux textes, vus sous l’angle de la miséricorde : le Stabat Mater ce mois-ci, et le Magnificat le mois prochain.

Le poème médiéval (en latin) du Stabat Mater apparaît sous forme de séquence le jour de la fête de Notre Dame des Sept Douleurs, et sous forme d’hymne le vendredi saint. Son auteur est inconnu, mais on l’attribue à Jacopone da Todi, un moine franciscain italien décédé en 1306. Il serait donc l’auteur du Stabat Mater Dolorosa décrivant la Mère au pied de la croix, mais également d’un Stabat Mater Speciosa (qui a disparu de la liturgie), la décrivant auprès du berceau.

Outre le chant grégorien, le Stabat Mater a été mis en musique par de nombreux compositeurs tels que Josquin Desprez (CD chez Harmonia Mundi par Herreweghe), Palestrina, Roland de Lassus, Alessandro Scarlatti, Haydn (chez Archiv par Pinnock), Schubert, Rossini, Liszt, Dvorak, Gounod et Verdi. Les plus célèbres sont ceux de Pergolèse et de Vivaldi. Au 20e siècle, on relève ceux de Poulenc, de Szymanosky, de Penderecki et d’Arvo Pärt et au 21e siècle celui de Karl Jenkins.

Le poème en lui-même est fort doloriste : « Fais-nous la grâce de souffrir comme il souffrit autrefois », ou encore « Plante les clous du calvaire dans mon coeur, profondément ». Si ce langage peut ne pas parler à tout le monde, on se sent en tous cas invité à contempler Marie au pied de la croix, et à découvrir combien ce tableau parle de la miséricorde : celle du Christ en croix pour nous tous, celle du Christ pour Marie, qu’il confie à la protection du disciple Jean, celle du Christ et de Marie pour Jean, confié à la maternité de Marie, et celle de Marie pour son fils souffrant, auprès duquel elle veille. 1

Vivaldi n’a utilisé que les dix premières strophes (sur les 20 qui constitue le poème complet). Son Stabat Mater est en fait sa première oeuvre de musique sacrée (Venise, 1712 : Vivaldi a 34 ans). C’est une peinture musicale qui nous fait partager la douleur de Marie, mais sans exagération. Chez Pergolèse (Naples, 1735), le côté théâtral est encore accentué, ce qui était à l’époque très audacieux pour de la musique destinée à l’église (on fit les mêmes reproches à Bach pour sa Passion selon saint Matthieu), mais c’est cela qui assurera le succès de son Stabat Mater pour la postérité, une oeuvre écrite in extremis quasi sur son lit de mort (Pergolèse est mort à 26 ans). Pour ces deux partitions, on recommande les enregistrements anciens, mais de référence et toujours disponibles, de Christopher Hogwood (chez Decca).

Impossible de décrire tous les Stabat Mater. Au 20e siècle, il faut avoir entendu le chef d’œuvre de Francis Poulenc écrit en 1950, une sorte de Requiem sans désespoir dédié à la Vierge de Rocamadour où il avait eu une conversion (nouvelle version par Daniel Reuss chez Harmonia Mundi). Celui de Krystof Penderecki (1974) fait partie des grandes fresques religieuses avec lesquelles ce compositeur polonais s’est rendu célèbre. Plus près de nous, Arvo Pärt et sa musique contemplative touche un vaste public. Le début de son Stabat Mater illustre l’image du calvaire. C’est comme un travelling de caméra : d’abord le ciel, puis une lente descente ; on distingue le visage de Jésus, puis peu à peu tout son corps sur la croix ; elle s’arrête au pied, et Marie est là dans sa détresse, le chant peut commencer. Cette longue descente des cordes est saisissante, autant que l’est le début de Perglolèse avec sa succession de dissonances exquises entre les deux voix. A écouter absolument ! (chez ECM, CD Arbos).

Enfin, Sir Karl Jenkins, un compositeur gallois d’œuvres sacrées dans la grande tradition des chorales anglaises, très connu dans les pays anglo-saxons, a écrit un Stabat Mater en 2007. Il interrompt à six reprises les strophes du poème pour y insérer d’autres textes dans diverses langues. Comme il en a l’habitude, dans un souci d’universalité, il mêle aux instruments de l’orchestre symphonique quelques instruments exotiques, réalisant une sorte de « world music ».

(Le mois prochain : les Magnificat)

Dominique Lawalrée, op

Article initialement destiné à la revue Pastoralia de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles (03/2016).

Notes:

  1. Merci au chanoine Eric Mattheeuws.

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La Présence Pure

Christian Bobin - La présence pureSi vous n’êtes pas attiré a priori par la poésie, ou si vous en avez lu mais qu’elle vous a paru hermétique, voici un petit recueil de Christian Bobin parmi ses plus beaux : La Présence Pure. L’édition originale de 1999 est parue aux éditions « Le Temps Qu’il Fait » (ISBN 2.86853.316.7), tandis que l’édition de poche, comprenant aussi six autres très beaux textes, est parue en 2008 dans la collection Poésie/Gallimard, N°439 (ISBN978-2-07-034982-1).

Dans La Présence Pure, Christian Bobin décrit son père placé dans un home spécialisé pour les malades d’Alzheimer. Dans la cour de l’établissement, il y a un arbre avec ses feuilles jaunes d’automne. Son père et l’arbre le conduisent vers les mêmes pensées. De très courts textes se succèdent, alternant l’arbre et son père, des méditations sur la vieillesse et le dépouillement, sur la maladie et la mort, mais aussi sur la vie, la naissance et la renaissance, et sur Dieu.

« J’écris dans l’espérance de découvrir quelques phrases, juste quelques phrases, seulement quelques phrases qui soient assez claires et honnêtes pour briller autant qu’une petite feuille d’arbre vernie par la lumière et brossée par le vent ». (p.43)

C’est absolument magnifique et très nourissant. Pas besoin de tout lire en une fois, mais de s’arrêter, de picorer, de goûter… Je trouve cela très inspirant. Il y a matière à composer différents morceaux. D’ailleurs j’ai commencé avec une longue pièce (15 minutes) pour deux pianos et quatre pianistes : un huit mains, ou plutôt un double quatre mains. Ce qui m’a inspiré ? « L’arbre s’entretient avec le vent des choses éternelles et ses jeunes feuilles en frémissent de plaisir ». (p.56)

Son père (et quelques autres pensionnaires sur lesquels il s’attarde de temps en temps) qui retombe dans l’innocence de l’enfance, et l’arbre qui se dépouille de ses feuilles représentent ce qu’il appelle la présence pure.

Au dos de l’édition originale, il y a un extrait qui nous interpelle : « Je suis né dans un monde qui commençait à ne plus vouloir entendre parler de la mort et qui est aujourd’hui arrivé à ses fins, sans comprendre qu’il s’est du coup condamné à ne plus entendre parler de la grâce » (p.54)

Bonne lecture !

Dominique Lawalrée


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