Archives mensuelles : décembre 2017

Johnny l’immortel est mort

Johnny Hallyday, galerie Flickr de Mathieu Thouvenin

Ne nous trompons pas de registre ! La mort du chanteur Johnny Hallyday n’est pas un événement musical, c’est un événement médiatique qui n’est en rien comparable avec la mort de Stravinsky (71) ou celle de Bernstein (90) ou Ménuhin. Elle n’est pas non plus à relier avec celle de John Lennon (80) ou celle de David Bowie (2015), deux créateurs authentiques, ou celles de Jacques Brel (78) ou de Barbara (97). Jean-Philippe Smet était une star au charisme indéniable, possesseur d’une voix hors du commun dans sa profession, et d’un sens du spectacle inégalé en France.

Le choc émotif de sa disparition, pourtant depuis longtemps annoncée, traduit en fait bien ceci : de nombreux ados des années soixante ont grandi avec lui et ont greffé leur vie émotionnelle sur leur idole. Aujourd’hui, ce n’était plus l’idole des jeunes, mais celle des vieux comme lui. Puisqu’il ne s’agit pas avant tout d’un événement musical (c’était un interprète, il n’a jamais rien écrit), on doit surtout parler d’un phénomène psychologique bien connu : les petits enfants ont leur « doudou », les ados, les ados attardés et les adultes ont leur idole, c’est la même chose. Et ce n’est pas diminuer les qualités du chanteur : il était effectivement exceptionnel et unique. Soyons aussi conscient qu’il a passé sa carrière professionnelle à imiter et à s’identifier aux américains : il a eu sa période Elvis Presley, puis une période James Brown / Otis Redding (la « soul music »). Ce furent ensuite les hippies, puis le Blues-Rock, etc … . Ses 50 albums (bientôt 51 avec l’inévitable « posthume ») sont, pour la plupart, inégaux. On y trouve toujours de bonnes chansons, mais aussi beaucoup de banales, avec énormément d’adaptations plus ou moins réussies de chansons anglo-saxonnes traduites (dans le meilleur des cas) en français. Ses meilleurs disques sont l’œuvre d’un auteur unique, comme Michel Berger, un authentique compositeur de chansons, qui, avec pertinence et lucidité, avait traité du thème de « chanteur abandonné » dès la première chanson qu’il lui avait écrite, alors même que JH avait horreur de ses sentir seul. C’était pour l’album « Rock’n Roll attitudes », encore un titre qui tapait juste. Citons aussi l’album suivant, « Gang », avec des chansons écrites sur mesure par Jean-Jacques Goldman, et « Cadillac », cette fois écrit par Etienne Roda-Gill, le parolier talentueux de Julien Clerc. Son meilleur album est celui, c’est symbolique, écrit par son fils (dont il s’est très peu occupé) David en 1999, alors même que Johnny ne s’était jamais remis de l’abandon de son propre père. Il s’agit de « Sang pour sang » (100%, encore un titre juste).

Au fond, le choc de sa mort est comparable à celui pour Claude François (pardon : « clo-clo »). Celle du phoenix Hallyday est celle d’un emblème de la France; c’est comme si un terroriste fou avait frappé la Tour Eiffel.

Le convoi funèbre sur les champs Elysés : ce n’était plus arrivé depuis Victor Hugo (avec une estimation de 2.000.000 de personnes, deux fois plus que pour Johnny).

Addendum pour le site du laïcat dominicain :

Jean D’ormesson et Johnny Hallyday sont morts à 24h de distance, tout comme l’avaient été en 1963 Jean Cocteau et Edith Piaf. Les uns représentent la grande culture, les autres la culture populaire. Gardons-nous bien de dédaigner ces derniers. Il ne s’agit pas d’établir des niveaux. La culture populaire n’est pas d’un niveau plus bas, elle se situe simplement dans un autre registre, celui où se situe aussi la foi populaire, trop souvent dénigrée par trop de prêtres. Il me semble que c’est justement l’occasion (et un devoir dominicain) de faire oeuvre de pédagogie en nous mettant à leur diapason pour pouvoir progresser ensemble vers une spiritualité plus mature.

Dominique Lawalrée, o.p.


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