Archives mensuelles : mars 2018

Du vent dans les voiles : Merci et chapeau Bas !

RCF Radio - La joie se partage

Émission présentée par Jean-Pierre Binamé, Myriam Tonus

S’émerveiller, se réjouir : des attitudes qui ne nous sont plus naturelles et qui sont parfois rendues bien difficiles par la marche du monde lui-même. Et pourtant, la joie d’exister est inscrite au cœur de l’être humain.


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Sergueï Rachmaninov : All-Night Vigil

Eglise Orthodoxe

A la suite de Tchaikowsky, qui fut le premier russe à composer de la musique sacrée en dehors de l’Eglise orthodoxe avec sa « Liturgie de Saint Jean Chrysostome » en 1878, ce qui était impensable et interdit par les autorités ecclésiastique, Sergeï Rachmaninov fit de même en 1910, en composant son propre « Saint Jean de Chrysostome ». Puis il récidiva début 1915, en composant en moins de deux semaines son « All-Night Vigil » op.37, mieux connu sous le titre de « Vêpres ». Loin de sa musique la plus connue, généralement virtuose et à la rhétorique extravertie, le ton est ici intimiste. Les voix sont « a cappella », non accompagnées donc, comme il est d’usage dans la musique orthodoxe, car les instruments y sont bannis.

Le style de Rachmaninov emprunte volontiers à la musique du 19e siècle. Le compositeur est ce que l’on peut appeler un romantique tardif, non concerné par la musique moderne de son temps (Debussy, Stravinsky et Schoenberg). Les vigiles sont ainsi nommées car il s’agit d’être vigilant, de veiller et de prier. Luc 6, 12 : « En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu ». Les vigiles de la nuit du samedi étaient très populaires en Russie. On priait toute la nuit en passant de la création du monde, puis de la chute de l’homme, à l’attente du sauveur. Le matin était consacré à la résurrection.

L’œuvre de Rachmaninov comprend 15 sections, dont 10 sont fondées sur le plain-chant authentique, et les 5 autres sont, selon le mot du compositeur, des contrefaçons voulues. Ce sont des chœurs à 5, 6 ou 7 voix, et 8 voix pour la grande doxologie (le N°12). Les voix graves sont privilégiées, comme dans la musique orthodoxe authentique. Les sopranos ne dépassent pas le La aigü, et dans Nunc Dimittis (N°5, cantique de Syméon), les basses descendent jusqu’au Sib grave.

Cette œuvre (en deux parties : les vêpres et les matines) fut présentée pour la première fois le 1er mars 1915 avec beaucoup de succès, si bien qu’elle fut reprise 5 fois en un mois. Par après, le compositeur se mua en pianiste de concert pour pouvoir vivre, tout en continuant son activité créatrice. Je conseille la version de Paul Hillier avec le chœur philharmonique de chambre d’Estonie, parue en 2005 chez Harmonia Mundi. Une grande pièce d’orfèvrerie chorale.

Rachmaninov : Vespers & Complete All-Night Vigil, Op. 37, I. Come, let us worship, Chœur de chambre philharmonique estonien sous la direction de Paul Hillier, Harmonia Mundi, 2005.

Dominique Lawalrée, op


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