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Heureuse fête de l’Assomption !

« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. » — Ap. 12, 1


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La miséricorde en musique : 2. Magnificat

Magnificat, galerie Flickr de Lawrence OP

« La Visitation », mosaïque de la Basilique du Rosaire à Lourdes (Galerie Flickr de Lawrence OP)

Le mois passé, différents Stabat Mater tout au long de l’histoire de la musique vous ont été proposés. Mais, parlant de miséricorde, c’est-à-dire miseris cor dare donner le coeur à ceux qui en ont besoin, il y a aussi l’un des trois cantiques évangéliques mis en musique par de nombreux compositeurs, le Magnificat (Luc I, 46-55).

Ici aussi la miséricorde de Dieu est bien présente, spécialement dans le deuxième verset (“Il s’est penché sur son humble servante; désormais, tous les âges me diront bienheureuse”) et dans le quatrième, que l’on peut traduire par : “Sa miséricorde se répand de génération en génération sur ceux qui le craignent”.

Ce texte a occupé une place importante dans la liturgie dès le début de la chrétienté. Le Magnificat y était placé à la fin de l’office du soir (Vêpres). Au Moyen-âge, le Magnificat était chanté en grégorien mais, avec le développement de la polyphonie, des arrangements polyphoniques furent aussi composés. A la Renaissance, la polyphonie était chantée a cappella. Roland de Lassus composa une centaine de Magnificat et Palestrina une trentaine.

Au 17è siècle, avec le début du baroque, la polyphonie devenue de plus en plus complexe fit place à une “seconda pratiqua”, style concertato ou monodie accompagnée. Les “Vêpres de la sainte vierge” (1610) de Claudio Monteverdi, à la fin desquelles il y a un splendide Magnificat, en sont le témoin (René Jacobs chez Harmonia Mundi Gold, ou J.E. Gardiner chez Archiv).

Après avoir cité les Magnificat de Dunstable, Dufay, Binchois et Schütz, et au 18è siècle le prédécesseur de Bach à Leipzig, Johann Kuhnau, et Jan Dismas Zelenka, voici Antonio Vivaldi. Son remarquable Magnificat est relativement court, avec un “Et misericordia” superbe, dans la veine du deuxième verset de son célèbre Gloria (“Et paix sur la terre…”). A écouter ! L’œuvre résiste même aux versions romantiques, mais on préfère cependant les versions baroques, par exemple celle de Rinaldo Allessandrini chez Opus 111/Naïve.

Il faut s’arrêter sur le plus beau et le plus connu des Magnificat, celui de Jean Sébastien Bach. Ecrit pour la Noël 1723, puis profondément révisé dix ans plus tard, c’est l’un des grands arrangements de textes cérémoniels traditionnels du rite luthérien et l’une des plus belles oeuvres du kantor de Leipzig. Il est écrit pour choeur à cinq voix, deux flûtes, deux hautbois, trois trombones, timbales, cordes et continuo (selon les chefs, viole de gambe ou violoncelle, contrebasse, basson, orgue ou clavecin). Un splendide solo de hautbois introduit le chant soliste de la soprano et l’accompagne tout au long du deuxième verset. Pour “Toutes les générations …” le chœur chante en canon pour symboliser la foule en une polyphonie nerveuse. Quant au quatrième verset, “Sa miséricorde s’étend d’âge en âge”, Bach s’épanche en une musique mélancolique proche de ses passions, avec deux solistes, alto et ténor (nous conseillons Jordi Savall chez Alia Vox ou Masaaki Suzuki chez Bis. Nous déconseillons la vision romantique de Karajan chez DG).

Au 19è siècle, citons Schubert, dont ce n’est pas la meilleure oeuvre, et pour le début du 20è siècle, l’anglais Ralph Vaughan Williams. Plus près de nous, il y a le polonais Krystof Penderecki. Son Magnificat de 1974 fait partie des grands oratorios avec lesquels il est devenu célèbre. Insistons pour clore ce bref panorama sur les Magnificat des orthodoxes John Tavener (britanique décédé en 2013) et de l’estonien Arvo Pärt (1989), deux chef-d’œuvres qui offrent à l’âme apaisement et réconfort dans le monde d’aujourd’hui (John Tavener chez Hyperion ou chez Naxos, et Arvo Pärt par Theatre of Voices chez Harmonia Mundi).
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Dominique Lawalrée, op

Article initialement destiné à la revue Pastoralia de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles (04/2016).


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La miséricorde en musique : 1. Stabat Mater

Christ sur la Croix

Christ sur la Croix, atelier de Rogier van der Weyden, anciennement attribué à Robert Campin, vers 1425, Staatliche Museen zu Berlin.

Les compositeurs ont, comme les plasticiens, certains thèmes religieux de prédilection. Il y a autant de Stabat Mater, de Salve Regina ou de Magnificat chantés, qu’il n’y a de Descente de Croix, de Pieta ou d’Adoration des Rois Mages peints ou sculptés. En cette année sainte, attardons-nous un peu sur ces deux textes, vus sous l’angle de la miséricorde : le Stabat Mater ce mois-ci, et le Magnificat le mois prochain.

Le poème médiéval (en latin) du Stabat Mater apparaît sous forme de séquence le jour de la fête de Notre Dame des Sept Douleurs, et sous forme d’hymne le vendredi saint. Son auteur est inconnu, mais on l’attribue à Jacopone da Todi, un moine franciscain italien décédé en 1306. Il serait donc l’auteur du Stabat Mater Dolorosa décrivant la Mère au pied de la croix, mais également d’un Stabat Mater Speciosa (qui a disparu de la liturgie), la décrivant auprès du berceau.

Outre le chant grégorien, le Stabat Mater a été mis en musique par de nombreux compositeurs tels que Josquin Desprez (CD chez Harmonia Mundi par Herreweghe), Palestrina, Roland de Lassus, Alessandro Scarlatti, Haydn (chez Archiv par Pinnock), Schubert, Rossini, Liszt, Dvorak, Gounod et Verdi. Les plus célèbres sont ceux de Pergolèse et de Vivaldi. Au 20e siècle, on relève ceux de Poulenc, de Szymanosky, de Penderecki et d’Arvo Pärt et au 21e siècle celui de Karl Jenkins.

Le poème en lui-même est fort doloriste : « Fais-nous la grâce de souffrir comme il souffrit autrefois », ou encore « Plante les clous du calvaire dans mon coeur, profondément ». Si ce langage peut ne pas parler à tout le monde, on se sent en tous cas invité à contempler Marie au pied de la croix, et à découvrir combien ce tableau parle de la miséricorde : celle du Christ en croix pour nous tous, celle du Christ pour Marie, qu’il confie à la protection du disciple Jean, celle du Christ et de Marie pour Jean, confié à la maternité de Marie, et celle de Marie pour son fils souffrant, auprès duquel elle veille. 1

Vivaldi n’a utilisé que les dix premières strophes (sur les 20 qui constitue le poème complet). Son Stabat Mater est en fait sa première oeuvre de musique sacrée (Venise, 1712 : Vivaldi a 34 ans). C’est une peinture musicale qui nous fait partager la douleur de Marie, mais sans exagération. Chez Pergolèse (Naples, 1735), le côté théâtral est encore accentué, ce qui était à l’époque très audacieux pour de la musique destinée à l’église (on fit les mêmes reproches à Bach pour sa Passion selon saint Matthieu), mais c’est cela qui assurera le succès de son Stabat Mater pour la postérité, une oeuvre écrite in extremis quasi sur son lit de mort (Pergolèse est mort à 26 ans). Pour ces deux partitions, on recommande les enregistrements anciens, mais de référence et toujours disponibles, de Christopher Hogwood (chez Decca).

Impossible de décrire tous les Stabat Mater. Au 20e siècle, il faut avoir entendu le chef d’œuvre de Francis Poulenc écrit en 1950, une sorte de Requiem sans désespoir dédié à la Vierge de Rocamadour où il avait eu une conversion (nouvelle version par Daniel Reuss chez Harmonia Mundi). Celui de Krystof Penderecki (1974) fait partie des grandes fresques religieuses avec lesquelles ce compositeur polonais s’est rendu célèbre. Plus près de nous, Arvo Pärt et sa musique contemplative touche un vaste public. Le début de son Stabat Mater illustre l’image du calvaire. C’est comme un travelling de caméra : d’abord le ciel, puis une lente descente ; on distingue le visage de Jésus, puis peu à peu tout son corps sur la croix ; elle s’arrête au pied, et Marie est là dans sa détresse, le chant peut commencer. Cette longue descente des cordes est saisissante, autant que l’est le début de Perglolèse avec sa succession de dissonances exquises entre les deux voix. A écouter absolument ! (chez ECM, CD Arbos).

Enfin, Sir Karl Jenkins, un compositeur gallois d’œuvres sacrées dans la grande tradition des chorales anglaises, très connu dans les pays anglo-saxons, a écrit un Stabat Mater en 2007. Il interrompt à six reprises les strophes du poème pour y insérer d’autres textes dans diverses langues. Comme il en a l’habitude, dans un souci d’universalité, il mêle aux instruments de l’orchestre symphonique quelques instruments exotiques, réalisant une sorte de « world music ».

(Le mois prochain : les Magnificat)

Dominique Lawalrée, op

Article initialement destiné à la revue Pastoralia de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles (03/2016).

Notes:

  1. Merci au chanoine Eric Mattheeuws.

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