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La miséricorde en musique : 1. Stabat Mater

Christ sur la Croix

Christ sur la Croix, atelier de Rogier van der Weyden, anciennement attribué à Robert Campin, vers 1425, Staatliche Museen zu Berlin.

Les compositeurs ont, comme les plasticiens, certains thèmes religieux de prédilection. Il y a autant de Stabat Mater, de Salve Regina ou de Magnificat chantés, qu’il n’y a de Descente de Croix, de Pieta ou d’Adoration des Rois Mages peints ou sculptés. En cette année sainte, attardons-nous un peu sur ces deux textes, vus sous l’angle de la miséricorde : le Stabat Mater ce mois-ci, et le Magnificat le mois prochain.

Le poème médiéval (en latin) du Stabat Mater apparaît sous forme de séquence le jour de la fête de Notre Dame des Sept Douleurs, et sous forme d’hymne le vendredi saint. Son auteur est inconnu, mais on l’attribue à Jacopone da Todi, un moine franciscain italien décédé en 1306. Il serait donc l’auteur du Stabat Mater Dolorosa décrivant la Mère au pied de la croix, mais également d’un Stabat Mater Speciosa (qui a disparu de la liturgie), la décrivant auprès du berceau.

Outre le chant grégorien, le Stabat Mater a été mis en musique par de nombreux compositeurs tels que Josquin Desprez (CD chez Harmonia Mundi par Herreweghe), Palestrina, Roland de Lassus, Alessandro Scarlatti, Haydn (chez Archiv par Pinnock), Schubert, Rossini, Liszt, Dvorak, Gounod et Verdi. Les plus célèbres sont ceux de Pergolèse et de Vivaldi. Au 20e siècle, on relève ceux de Poulenc, de Szymanosky, de Penderecki et d’Arvo Pärt et au 21e siècle celui de Karl Jenkins.

Le poème en lui-même est fort doloriste : « Fais-nous la grâce de souffrir comme il souffrit autrefois », ou encore « Plante les clous du calvaire dans mon coeur, profondément ». Si ce langage peut ne pas parler à tout le monde, on se sent en tous cas invité à contempler Marie au pied de la croix, et à découvrir combien ce tableau parle de la miséricorde : celle du Christ en croix pour nous tous, celle du Christ pour Marie, qu’il confie à la protection du disciple Jean, celle du Christ et de Marie pour Jean, confié à la maternité de Marie, et celle de Marie pour son fils souffrant, auprès duquel elle veille. 1

Vivaldi n’a utilisé que les dix premières strophes (sur les 20 qui constitue le poème complet). Son Stabat Mater est en fait sa première oeuvre de musique sacrée (Venise, 1712 : Vivaldi a 34 ans). C’est une peinture musicale qui nous fait partager la douleur de Marie, mais sans exagération. Chez Pergolèse (Naples, 1735), le côté théâtral est encore accentué, ce qui était à l’époque très audacieux pour de la musique destinée à l’église (on fit les mêmes reproches à Bach pour sa Passion selon saint Matthieu), mais c’est cela qui assurera le succès de son Stabat Mater pour la postérité, une oeuvre écrite in extremis quasi sur son lit de mort (Pergolèse est mort à 26 ans). Pour ces deux partitions, on recommande les enregistrements anciens, mais de référence et toujours disponibles, de Christopher Hogwood (chez Decca).

Impossible de décrire tous les Stabat Mater. Au 20e siècle, il faut avoir entendu le chef d’œuvre de Francis Poulenc écrit en 1950, une sorte de Requiem sans désespoir dédié à la Vierge de Rocamadour où il avait eu une conversion (nouvelle version par Daniel Reuss chez Harmonia Mundi). Celui de Krystof Penderecki (1974) fait partie des grandes fresques religieuses avec lesquelles ce compositeur polonais s’est rendu célèbre. Plus près de nous, Arvo Pärt et sa musique contemplative touche un vaste public. Le début de son Stabat Mater illustre l’image du calvaire. C’est comme un travelling de caméra : d’abord le ciel, puis une lente descente ; on distingue le visage de Jésus, puis peu à peu tout son corps sur la croix ; elle s’arrête au pied, et Marie est là dans sa détresse, le chant peut commencer. Cette longue descente des cordes est saisissante, autant que l’est le début de Perglolèse avec sa succession de dissonances exquises entre les deux voix. A écouter absolument ! (chez ECM, CD Arbos).

Enfin, Sir Karl Jenkins, un compositeur gallois d’œuvres sacrées dans la grande tradition des chorales anglaises, très connu dans les pays anglo-saxons, a écrit un Stabat Mater en 2007. Il interrompt à six reprises les strophes du poème pour y insérer d’autres textes dans diverses langues. Comme il en a l’habitude, dans un souci d’universalité, il mêle aux instruments de l’orchestre symphonique quelques instruments exotiques, réalisant une sorte de « world music ».

(Le mois prochain : les Magnificat)

Dominique Lawalrée, op

Article initialement destiné à la revue Pastoralia de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles (03/2016).

Notes:

  1. Merci au chanoine Eric Mattheeuws.

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Témoignage : Servir la Vérité dans nos engagements et milieu de vie

Neuvaine à l’Esprit-Saint, Cathédrale de Namur, samedi 16 mai 2015
Servir la Vérité au sein de l’aumônerie hospitalière
Mme Hedwige Lambert-Rezsohazy, op

1) Quand on souffre, tout le verni que se construit une personne part, les masques tombent. D’abord extérieurement le malade est en pyjama, souvent son corps est déformé, il dépend de machines et des autres pour se soigner. Le malade est faible, fragile physiquement et parfois psychologiquement. Le malade n’a pas besoin de se dépouiller pour rencontrer l’autre, il est déjà nu. Pas de faux semblant ils sont dans la relation vraie. Rencontrer les hommes en souffrance est un chemin vers Dieu. Ce sont eux qui sont lumières pour moi, eux qui sont le visage de Jésus. Ils m’invitent à me dépouiller et reconnaître ma propre fragilité.

La relation est alors simple, sans fioritures, on se livre facilement en toute liberté. La rencontre est plus profonde, elle va plus loin que l’ordinaire.

Pour saint Luc, il est clair que le pauvre est déjà dans le royaume de Dieu. Contrairement, le riche porte en lui un obstacle majeur à l’ouverture car il est attaché à lui par son avoir.

2) Maurice Zundel nous dit :

« C’est la qualité de nos rapports avec les autres qui constitue le seul critère de l’authenticité de nos rapports avec Dieu. Les personnes bonnes sont joyeuses, la joie et le signe de leur bonté. Il se révèle alors un monde merveilleux, où, délivré de nous-mêmes, nous connaissons la paix intérieure. »

C’est Nietzsche qui estimait que les chrétiens devraient davantage avoir l’air d’être sauvés.

Le Christ nous dit qu’en chaque homme souffrant, c’est vraiment Lui qui est rencontré. Jésus est là, dans le malade que j’accompagne. Il est aussi présent qu’il y a deux mille ans sur les routes de Palestine. Faire un chemin avec eux est donc un privilège plus qu’un service.

3) Dans notre monde, la fragilité n’a pas bonne presse .Tout autour de nous valorise la force et la puissance. Nous savons pourtant que ces moyens-là sont de peu de poids pour le témoignage évangélique. Plus on est équipé, plus il est difficile de s’effacer devant Celui dont on prétend porter le message. Ainsi Jésus choisis souvent pour te servir des personnalités fragiles et démunies.

4) Comment accueillir la détresse de l’autre ? Etre attentif au malade, être présent.

Écoutons Job, c’est le cri de l’homme souffrant :

« Pourquoi donc les méchants restent-ils en vie? Pourquoi leur vie s’achève-t-elle dans le bonheur? Eux pourtant disent à Dieu: connaître ton désir ne nous intéresse pas! Ils n’ont que faire de toi et ils sont florissants… »

Plus loin dans le livre :

« Quant à vous qui cherchez à me dire de belles paroles, vous n’êtes que des charlatans : apprenez à vous taire ! »

Dans les chapitres 12 à 14 Et 16-17, il est dit :

« Vous vous moquez de Dieu en cherchant à le défendre par un langage injuste et mensonger et partial. Ce ne sont que des leçons apprises, ce sont des paroles en l’air, mille fois entendues, qui ne consolent pas. Faites silence, écoutez, écoutez mes paroles, prêtez l’oreille, mais vous tairez-vous enfin. »

Nous savons que Job affirmera sa foi en Dieu, Dieu n’est pas la cause de ma souffrance, mais le cri, je l’entends tous les jours !

Quelle attitude de vérité avoir ? Dans la première lettre de saint Jean 3,18, il est dit :

« Petits enfants, n’aimons pas en parole ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité,… »

5) Servir la Vérité, c’est servir la vie. Aujourd’hui dans notre pays où on a dépénalisé l’euthanasie, il n’est pas aisé de témoigner que nous ne sommes pas les maîtres de la Vie et de la mort.
Jésus ne supporte pas les demi-vérités, il ne juge pas mais rappelle la loi qui fait vivre « tu ne tueras pas ».

6) Pour conclure : « servir la Vérité » doit se vivre dans nos foyers, nos familles.

Être témoins du Christ ressuscité, témoins de la Vie, de la Vérité, n’est possible que grâce à l’Esprit.

Le devoir d’état est le premier car il a une influence sur toutes nos autres relations. Comme maman, c’est là aussi la présence, l’écoute aimante, l’attention qui vérifie ce qu’on est. Vivre de cette vérité nous rend libre et rend libre les enfants et le conjoint.

 


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