Vie de saint Dominique

L’Homme aux semelles de vent.

Frère Élie-Pascal Épinoux, op

  1. Le temps des commencements
  2. 1203-1206 : le temps des ambassades
  3. 1206-1215 : la prédication en Languedoc
  4. 1215-1218 : la fondation de l’Ordre
  5. 1218-1221 : la construction de l’Ordre
  6. 1220-1221 : les dernières années de Dominique

Le temps des commencements

Scènes de la vie de saint Dominique #2 - Suew, Varsovie, La Mazovie, Pologne.Lorsqu’au printemps 1206, entraîné par l’élan charismatique de son évêque, le seigneur Dominique, chanoine d’Osma, devient frère Dominique , humble prédicateur de l’Évangile, il a près de trente-trois ans. C’est un homme mûr, façonné par l’identité de son pays d’origine, la Castille, marche de la Chrétienté face à l’Islam, pays neuf et conquérant, aux communautés villageoises éprises de liberté et d’égalité. C’est en l’une d’elles, Calruega, qu’il vint au monde entre 1170 et 1173, dans le foyer riche et pieux de Félix et de Jeanne. Ceux-ci le voulant d’Église, le confièrent à son oncle prêtre qui lui apprit à lire et à écrire le latin d’après le Psautier et à contempler le monde dans le mystère de la liturgie. À quinze ans, l’adolescent partit pour Palencia, dont l’évêque avait développé un centre d’études. Durant six ans, il y étudia les arts libéraux : grammaire, rhétorique, dialectique ; se hâtant de passer à la théologie, « la science des divines paroles », la passion de toute son existence. Paroles écoutées et retenues, scrutées et méditées, priées et mises en œuvre — ainsi, durant ce terrible hiver qui suivit la défaite des Castillans face aux musulmans andalous en juillet 1195, vendit-il ses livres annotés pour en donner le prix en aumône : « Je ne veux pas étudier sur des peaux mortes, quand des hommes meurent de faim. » Ayant appris ce trait, Martin, l’évêque d’Osma, l’attira à lui en 1199, pour le faire chanoine de sa cathédrale, au moment où il y rétablissait la régularité augustinienne. De 1199 à 1205, Dominique allait s’enraciner dans la vie spirituelle, guidé par l’ouvrage de référence de la chrétienté occidentale : « Les conférences des Pères du Désert », de saint Jean Cassien, qui datait du Ve siècle. Il acquit, durant de longues veilles devant le grand crucifix roman que nous conservons encore aujourd’hui, une grâce singulière de prière pour les pécheurs et les affligés, et déjà il demandait à Dieu une charité efficace pour procurer le salut au prochain. Ce fut un temps d’apprentissage de l’administration d’un diocèse et de la conduite d’une communauté religieuse : il fut sous-prieur du chapitre en 1201.