A.D. 307 : « Apocalypse ? »

A.D. 307 : « Apocalypse ? »

Vitrail Apocalypse
Sainte Chapelle (Paris), Rosace occidentale de la fin du xve siècle : l'Apocalypse.

Bulletin du Laïcat dominicain n° 307
Avril – Mai – Juin 2020

Enfanter Dieu chaque jour

Le procédé est identique dans l’image de la femme en train d’accoucher, menacée par un terrible dragon (lointain parent du serpent de la Genèse). Ce n’est qu’au 14e siècle que l’on vit dans cette femme l’image de la vierge Marie. Elle personnifie plutôt l’Église, aux dimensions universelles (lune et soleil), qui enfante le messie. Si le dragon aux sept têtes représente initialement l’empire romain et ses princes, il est, par sa couleur rouge et sa violence, l’archétype de toute destruction qui échoue à vaincre le messie. C’est dire aussi combien Dieu a besoin de son Église pour rendre présente et agissante la Parole incarnée en son fils.

Mais la boucle est désormais bouclée : si, au livre de la Genèse, l’humain cédait aux avances du serpent, au livre de l’Apocalypse, le mal est vaincu et ce sont ces cieux nouveaux, cette terre nouvelle appelés de leurs voeux par les prophètes du Premier Testament qui descend du ciel. Le ciel et la terre se rejoignent, comme dans le Christ, la promesse est accomplie et il n’est même plus besoin de sanctuaire puisque l’humain et Dieu peuvent dialoguer face à face. Après avoir entendu cette présentation de Régis BURNET, les présupposés disparaissent : ce qui porte le livre de l’Apocalypse, ce n’est donc pas la frayeur et la malédiction, mais bien l’espérance ferme qu’au plus sombre de la nuit, lorsque toutes les formes de violence se déchainent, Dieu est présent, indéfectiblement. Actualiser les anciennes images de l’Apocalypse se fait aisément1.Pour le croyant, la croyante, pour les communautés chrétiennes, il s’agit néanmoins de faire preuve de lucidité et de courage, de se ressaisir face à la tentation du déni et/ou du découragement. « Mettre Dieu au monde » ne se fait pas sans les douleurs de l’enfantement dont parle aussi St Paul dans sa lettre aux Romains (8,22). Véritable plongée au coeur du mal et de la foi, le livre de l’Apocalypse se dévoile comme une formidable question à nous adressée : croyons-nous, croyons-nous vraiment en notre vocation co-créatrice, pour faire advenir un monde débarrassé des ténèbres ?

Myriam TONUS o.p.


Crédit photo : Flickr/Carolyn Whitson [CC]

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